2026-09-29 12:57

Publication du rapport:

Soigner sans dominer

Repenser la santé mentale LGBTQI+ à partir des pratiques de soin locales africaines.

Près d'une personne sur deux parmi les activistes interrogé·es n'a jamais consulté de professionnel·le de santé mentale. Ce n'est pas faute d'en avoir besoin. C'est que le soin, tel qu'il leur est proposé, ne leur est pas destiné. Égides publie « Soigner sans dominer », un rapport de recherche rédigé par Renée Nwoes dans le cadre du projet Pour Moi Pour les Autres.

Le constat

Le rapport part d'un constat simple et rarement formulé: la santé mentale des personnes LGBTQI+ en Afrique centrale et de l'Est est abordée presque exclusivement à travers des cadres cliniques importés, alors que les communautés concernées disposent déjà de pratiques de soin, et qu'elles les utilisent.

La détresse est structurelle, pas individuelle. Elle est nommée par la quasi-totalité des personnes interrogées, et ses causes sont d'abord sociales: discrimination liée à l'orientation sexuelle (90,3 %), précarité économique (80,6 %), violences familiales et sociales (72,2 %), isolement (71 %).

Le recours au soin formel est faible, et pas seulement par manque d'accès. 48,4 % n'ont jamais consulté. Plus d'un tiers évoquent un désaccord explicite entre leurs croyances et la médecine classique. Plusieurs témoignages décrivent des consultations où l'identité de la personne est devenue le diagnostic.

Les savoirs locaux existent et fonctionnent. 83,3 % ont recours à des pratiques communautaires: cercles de parole, danse, musique, rituels, solidarités organisées. Ces pratiques ne sont presque jamais reconnues comme du soin.

L'hostilité présentée comme traditionnelle ne l'est pas. Le rapport documente l'origine coloniale des cadres juridiques et religieux qui criminalisent aujourd'hui les personnes LGBTQI+ sur le continent.

Les personnes qui soignent les autres ne se soignent pas. Les activistes à temps plein cumulent les indicateurs de fatigue les plus élevés et le plus faible recours aux soins. Leur soutien repose sur des pairs eux-mêmes épuisé·es.

Méthodologie

La recherche combine une revue documentaire portant sur 3 pays d'Afrique centrale et de l'Est et un travail de terrain mené auprès d'activistes et de professionnel·les: 6 groupes de discussion, 10 entretiens individuels et 31 questionnaires.

L'échantillon quantitatif est restreint et le rapport ne prétend pas à la représentativité statistique. Sa valeur est qualitative: il documente des expériences, des pratiques et des savoirs, et il en tire des recommandations.

Recommandations

Le rapport formule des recommandations distinctes pour les professionnel·les de santé, les organisations communautaires, les États et les partenaires techniques et financiers. Parmi elles: reconnaître les pratiques de soin locales comme des ressources légitimes, former les soignant·es aux réalités LGBTQI+, financer le repos et le soin des équipes militantes plutôt que les seules activités, et rompre avec les logiques de recherche extractives.